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Revue de presse: la France à six mois des présidentielles

 

par Rubin Sfadj

A six mois des élections présidentielles de 2007, la France apparaît à de nombreux observateurs, tant nationaux qu’étrangers, comme un pays au bord de la crise, sclérosé par un modèle social en situation d’échec et une économie exsangue. Ainsi, Christian Dufour posait dans Le Figaro, le 19 octobre 2006, la question suivante : ”En 2006, la tension est-elle devenue trop forte entre un art de vivre menacé par la mondialisation et les idéaux élevés qui restent à la base de l’identité française ? L’opposition à la guerre en Irak aurait-t-elle été un chant du cygne politique camouflant mal, sous un justificatif de nature universaliste, le conservatisme d’une identité nationale entrée dans une phase de repli défensif ?” (Le Figaro, 19 oct. 2006, “La France est-elle à la veille d’une crise majeure ?”, par Christian Dufour)

L’historien pense ainsi avoir décelé, au fil de l’histoire, une spécificité bien française : régulièrement incapable de réaliser à temps les réformes rendues nécessaires par l’évolution de sa société elle-même comme du monde qui l’entoure, le pays ne s’adapterait que par à-coups, tous les soixante-quinze ans environ, à l’issue d’une crise majeure remettant irrémédiablement en question son modèle socio-économique et ses valeurs.

A la lumière de cette analyse, l’élection qui approche revêt une importance capitale : celle de déjouer le destin, et de réformer la France par l’action politique plutôt que dans l’urgence, l’hystérie et le drame collectif. Dans Le Point du 13 septembre 2006, Nicolas Baverez ne disait pas autre chose : ”(La présidentielle de 2007) constitue, selon toute vraisemblance, la dernière chance de moderniser la France en lui évitant une nouvelle guerre civile. Un quinquennat supplémentaire de réformes différées et de dérive marginaliserait durablement la France au sein des démocraties et déboucherait inévitablement sur des épisodes de violence politique et sociale.” (Le Point, 13 sept. 2006, “Le vrai défi de la présidentielle”, par Nicolas Baverez)

Après le choc du constat, se pose logiquement la question des causes de la situation. A la lecture du Figaro du 26 septembre 2006, on peut avancer des explications d’ordre économique : ”La France est 18ème sur 125 au classement annuel de la compétitivité établie par le Forum Economique de Davos, qui repose essentiellement sur l’opinion d’un millier de chefs d’entreprise, assez loin derrière l’Allemagne (8ème) et la Grande-Bretagne (10ème).” (Le Figaro, 26 sept. 2006, “Forum de Davos : la France moins compétitive”)

A droite comme à gauche, les observateurs de bonne foi s’accordent d’ailleurs pour reconnaître l’incapacité de la France à adapter son modèle économique à la réalité de la mondialisation. Comme le montre une discussion entre Claude Allègre et Nicolas Baverez, la France se pose la question de la régulation de l’économie avant même de l’avoir libéralisée. La réalité, pourtant, est implacable : ”Ce qui gangrène notre pays (...) c’est un taux de chômage de 10% depuis un quart de siècle.” (Le Point, 22 oct. 2006, “Réguler le libéralisme ? Débat entre Claude Allègre et Nicolas Baverez”)

Face à cette situation, les deux candidats en position de force aujourd’hui, Nicolas Sarkozy pour l’UMP et Ségolène Royal pour le PS, promettent le changement. Mais chacun dans un style et un registre différents.

Ségolène Royal, fraîchement désignée candidate socialiste à l’issue des primaires du parti, apparaît chaque jour un peu plus esclave de l’opinion publique, comme l’illustre sa proposition de créer des “jurys populaires” pour évaluer l’action des élus. James Graff, de Time Magazine, se montrait le 26 octobre 2006 fort sévère à son encontre, mais également envers les Français, considérant que ”comme beaucoup des propositions que Royal a avancées dans l’année écoulée depuis qu’elle est entrée en course, celle-ci a surpris jusqu’à son personnel de campagne, a outré les experts et les sondeurs, mais a apparemment trouvé preneur chez les Français.” (Time, 26 oct. 2006, “Sego in the land of the Soviets”, par James Graff)

Sur les dossiers d’importance, tels que la construction européenne, elle déçoit également par son manque de fond. Michel Barnier, certes son adversaire politique, notait tout de même avec raison, dans le Monde du 9 novembre 2006, que ”ces propositions (européennes), dont l’indigence suggère qu’elles furent préparées dans la plus grande improvisation, n’ont pour objet que d’évacuer du chemin de la candidate des questions autrement plus cruciales : qu’a-t-elle à dire sur les frontières de l’Europe, sur le projet européen, sur le blocage institutionnel ? Quel rêve européen pourra s’incarner dans la future campagne française ?” (Le Monde, 9 nov. 2006, “L’Europe, maillon faible de Ségolène Royal”, par Michel Barnier)

Face à elle, Nicolas Sarkozy paie peut-être son engagement dans les débats de fond par une polarisation plus importante des opinions autour de sa personne. Plus encore que le candidat du changement, il se définit comme l’homme de la “rupture” : ”Le mot « rupture », non seulement je le maintiens, mais je le revendique. Parce que j’appelle mes amis à regarder cette question sans complaisance. Depuis 1981, aucune majorité ne s’est succédé à elle-même. Aucun d’entre nous ne sera élu sur la continuité. La France doit rompre avec la culture du non-travail.” (Le Figaro, 1er sept. 2006, “Sarkozy: “Je revendique la rupture.””, par Sylvie Pierre-Brossolette et Michel Schifres)

Le probable futur candidat de l’UMP n’hésite pas, pour se bâtir une stature internationale, à faire valoir ses positions et sa personnalité à l’étranger. Un style étonnant, surtout de la part d’un politique Français. Roger Cohen, du New York Times, ironisait, lors de la visite de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis : ”Un homme politique infatigable était en ville pour l’anniversaire du 11-septembre. L’homme, un sérieux soutien d’Israël, croit fermement à la vitalité de l’économie américaine, parle vrai au risque de mal s’exprimer, et a remercié les pompiers new-yorkais, distribué des médailles, assisté à une cérémonie religieuse, et traversé les foules avec volontarisme. Etait-ce le Président George W. Bush ? Non, Nicolas Sarkozy.” (The New York Times, 13 sept. 2006, “American Connection for a French Maverick”, par Roger Cohen)

Au final, les observateurs étrangers demeurent sceptiques quant à la capacité de ces deux fortes personnalités à réformer la France. Il faut dire que le pays lui-même ne cesse de les étonner. Roger Cohen écrivait ainsi, dans le New York Times du 28 octobre 2006 : ”Voilà tout de même un pays peu ordinaire. Comme l’a remarqué Fillon, “Sarkozy parvient à incarner un changement plus important que la gauche, malgré le fait qu’il participe au gouvernement actuel.” Ceci est uniquement possible parce que Chirac, dans sa tentative très française de concilier l’irréconciliable, a fini par ne rien représenter de très clair.” (The New York Times, 28 oct. 2006, “Chirac’s Hand to Play Has Parallel in the Past”, par Roger Cohen)

Plus dur encore, John Vinocur remettait en question dans les mêmes colonnes, le 17 octobre 2006, la teneur des débats à l’approche de l’élection : ”A gauche comme à droite, avant que les nominations ne soient certaines, les principaux candidats offrent à la France un débat politique simpliste, chaque jour plus vague quant aux convictions, et déjà étroit quant aux idées. Dans ces conditions, à six ou sept mois de l’élection, 2007 ne semble pas près de devenir l’année du renouveau pour le pays.” (The New York Times, 17 oct. 2006, “France’s Front-Runners Dumb Down the Race”, par John Vinocur)

Espérons que l’avenir ne lui donne pas raison ; d’autant que l’on sait, depuis le 21 avril 2002, à qui profitent in fine les simplifications excessives dont les Français semblent se montrer friands.

 

Rubin Sfadj est Avocat au Barreau de New York.  Il est membre d'EALI.

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