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Le mirage Ségolène Royal

 

par Rubin Sfadj

Selon le dictionnaire WordNet de l’université de Princeton, un mirage est une illusion d’optique par laquelle une réfraction atmosphérique par une couche d’air chaud distend ou inverse la réflexion de certains objets. Plus simplement : un mirage met sur votre route des objets qui disparaissent alors qu’on s’en rapproche.

 

Les mirages existent aussi en politique, surtout en période électorale. Une personnalité occupe totalement le devant de la scène, suscitant un engouement aussi large que sincère, oui mais voilà, plus on creuse moins on en voit le fond. Ainsi des positions prises par Ségolène Royal en matière d’affaires étrangères. Après avoir soutenu, dans ses propositions sur l’Europe, le rétablissement d’une aide inconditionnelle aux Palestiniens - autant dire au Hamas - (lire Le Monde, 9 nov. 2006, “L’Europe, maillon faible de Ségolène Royal”, par Michel Barnier), elle se déclare aujourd’hui hostile au développement nucléaire civil de l’Iran, à moins que le régime des Mollahs n’évolue. Sur l’Irak, loin de condamner avec la verve de ses amis l’intervention américaine, elle décrit “un pays en train de se redresser, malgré une forme de terrorisme” (Le Monde également, 21 nov. 2006, “Ségolène Royal et le pays des Mille et Une Nuits”, par Daniel Vernet).

 

C’est que Ségolène Royal constitue une véritable oasis sur la scène politique française. Enfin, une femme candidate d’un parti majeur ; enfin, on abandonne les vieux tailleurs gris ou noirs pour un blanc immaculé ; enfin surtout, on redonne la parole aux Français !

 

Elle a remporté son investiture par le Parti socialiste en promettant d’écouter, mais surtout en ne disant rien. Son programme ? C’est celui du PS. Son projet pour la France ? Restaurer l’ordre juste. Son opinion sur l’entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne ? Celle des Français. Tout au plus évoque-t-elle cette folle idée des jurys populaires, ou les trente-cinq heures à l’école. Ca vous apprendra à lui demander son avis.

 

A présent “habitée” par le plébiscite socialiste, elle enfonce le clou : sa campagne sera “participative”. Aidez-vous, et Ségolène vous aidera, dirait-t-on presque, à la suite de son intervention télévisée du lundi 20 novembre au soir sur TF1 : pour “restaurer l’ordre juste”, dit-elle, il faut “d’abord aimer la France pour que les Français s’aiment en elle”.

 

Populiste ? Non, juste messianique. Attention toutefois : on ne reproche évidemment pas à Ségolène Royal d’être la candidate des valeurs chrétiennes - ce serait ignorer qu’elle évite les valeurs autant qu’elle les évoque, jusqu’à l’écœurement : les idées sont mortes, vive les symboles.

Même sans s’interroger (et pourtant !) sur le vide vertigineux de la campagne menée par la candidate quant à son projet, on n’oublie pas la phrase de Pierre Mendès-France : “gouverner, c’est choisir”. Ségolène Royal, et avec elle maintenant le Parti socialiste, compte-t-elle gouverner à vue, elle qui, de son propre aveu, “dévore les sondages” ? Comment choisira-t-elle ? Avec le Baromètre politique de la Sofres ? Plus probablement, on expédiera les affaires courantes, dans l’espoir de recommencer la supercherie en 2012.

 

Si, comme le pense Jacques Chirac, “les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent”, alors il faut développer le théorême : elles n’engagent que ceux qui les imaginent. Ainsi opère le mirage Ségolène, dont l’image si rafraîchissante compense - non, remplace - une absence de fond qui se veut non pas un obstacle, mais bien un atout dans le désert intellectuel français.

 

Rubin Sfadj est Avocat au Barreau de New York. Il est membre d'EALI.

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