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par Bruno Pineau-ValencienneUne fois de plus, le Premier Ministre Canadien Stephen Harper aura joué d’une main de maître et prouvé au reste du monde qu’il a bel et bien la stature d’un chef d’État, en contrôlant parfaitement son agenda politique. Sur une initiative indépendantiste du Bloc Québécois à la Chambre des Communes, inspirée quelques semaines plus tôt par une lettre de doléances de l’ancien Premier Ministre souverainiste, Bernard Landry, adressée à l’hôte du 24 Sussex le suppliant, sans trop y croire, qu’il reconnaisse sans délai la «Nation» Québécoise, Stephen Harper a surpris tout le monde en piégeant subtilement les Séparatistes sur leur propre terrain. Sur le plan politique, le vote historique de cette motion Conservatrice qui reconnaît que «Les Québécois forment une Nation au sein d’un Canada uni» a sans nul doute resserré les liens entre les partis fédéralistes, redonné un second souffle aux Libéraux du Québec de Jean Charest, décomplexé les candidats Conservateurs dans «la Belle Province» anéantissant du même coup la stratégie des souverainistes lesquels ne pourront plus aisément rouvrir le dossier de la «question constitutionnelle» qui empoisonne les relations Ottawa-Québec depuis des lustres. Il fallait voire la tête déconfite de Gilles Duceppe, le leader «Bloquiste», au moment du coup de théâtre, lequel, complètement désarçonné, disant tout et son contraire en moins de 24 heures, consultant tout azimut, puis contraint de voter d’un seul homme avec les autres partis, n’oubliera sans doute jamais cette journée d’humiliation. Jamais la grande famille souverainiste au grand complet (Bloc Québécois à Ottawa et Parti Québécois à Québec) n'était apparue aussi désorganisée: À se demander même si les deux protagonistes Gilles Duceppe et André Boisclair se parlent souvent!! En insistant sur le terme «Québécois» et non «Québec», les stratèges du Premier Ministre font implicitement référence au Peuple dans sa diversité culturelle et linguistique ou plus exactement à une communauté d'individus partageant les mêmes valeurs quelques soient leurs origines et non à un territoire ou à un État. Une quelconque référence territoriale aurait ouvert une brèche dans laquelle les ennemis de l’unité nationale se seraient forcément engouffrés même si cette motion n’a aucune valeur juridique comme l’a rappelé avec insistance Stephen Harper afin d’éviter toute récupération politique partisane. Cette «réalité historique» fait directement écho à une démarche similaire de Jean Chrétien, l’ancien premier Ministre du Canada, qui admettait le caractère «distinct» de la Société Québécoise au début des années 90. Ce geste aussi surprenant qu’inattendu pour un homme politique de cette envergure proche de la doctrine de «l’École de Calgary» qui se refusait à tout compromis sur le sujet il n’y a pas si longtemps, enlève également une énorme épine du pied des Libéraux fédéraux qui s’écharpent sur cet enjeu à l’approche de leur congrès annuel qui doit se tenir le 03 Décembre prochain à Montréal et au cours duquel ils élieront leur nouveau chef à la suite du départ de Paul Martin défait électoralement en Janvier dernier. Parmi les prétendants, seul Mikaël Ignatieff, cet universitaire d’Harvard aux réactions imprévisibles, qui avait poussé la «forfaiture» jusqu’à ouvrir ce débat au sein de son parti risque fort de récolter les fruits de son courage politique. En effet, cette figure libérale iconoclaste reprend in extremis le «momentum» dans cette primaire alors que son concurrent direct Bob Rae qui enregistrait subrepticement des ralliements, a bien plus à perdre maintenant apparaissant hésitant et timoré soucieux de ne pas déplaire sans doute aux «Barons» orthodoxes du parti qui refusent tout compromis avec Québec . Le Premier Ministre réussira t-il à devenir le faiseur de rois chez ses propres adversaires politiques : Fort probablement ! Cela prouve qu’Ignatieff renferme les qualités d’un visionnaire alors qu’on disait de lui qu’il était «cuit» politiquement, jusque dans son propre camps, en ouvrant cette «boite de pandore». Pour Harper mieux vaut un Ignittef qu’un Bob Rae plus consensuel, capable de ratisser plus large aux prochaines élections eu égard à son passé de Néo Démocrate, à son expérience politique indiscutable comme Premier Ministre de l’Ontario jusqu’en 1995 faisant de lui un candidat de centre gauche en phase avec une société canadienne imprégnée d’une conscience sociale très forte. Cependant, une mention spéciale aurait du être faite à l’endroit des Francophones hors Québec (les Franco Ontariens, les Franco- Manitobains, les Acadiens etc…) qui représentent eux aussi une Nation. Cela aurait permis de rendre caduque toute tentative pouvant mener à la séparation en ne limitant pas cette question de nation au seul territoire du Québec mais en l’étendant à l’échelle du Canada. L’autre défi de taille pour notre téméraire Premier Ministre consistera à rassurer son électorat anglophone pour qui le mot «Nation» équivaut à «State» or nous ne sommes pas du tout dans cette dynamique de reconnaître un État Québécois… Il fallait donc solder l’héritage politique de l'ère Trudeau pour faire du Canada d’aujourd’hui un État moderne. Cet épisode fera sans doute jurisprudence à l'avenir mais pas seulement au Canada puisque les Écossais doivent se prononcer en 2007 sur leur propre destin. Souhaitons à Tony Blair qu'il réussisse aussi bien cet exercice de funanbulisme politique... Bruno Pineau-Valencienne est le représentant des Cercles Libéraux Amérique du Nord. Il est membre d'EALI. Autres articles de la rubrique [Opinions, Editos & Temoignages] |
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